George Condo à Paris — et si c’était lui le plus libre de tous ?
Je croyais connaître Condo, mais dans le fond je ne le connaissais pas vraiment. Cette exposition a tout changé.
J’ai aimé la première salle, le Condo que je connais — ces visages déformés, ces personnages qui semblent sortir d’un cartoon cauchemardesque en costume-cravate. C’est drôle et inquiétant en même temps. On ne sait pas trop si on doit rire ou se sentir mal à l’aise. Et c’est exactement là que Condo opère.
Mais ce qui m’a vraiment arrêté, c’est en tournant le coin vers les noirs.
Une salle entière, murs sombres, lumières basses. Des toiles presque entièrement noires — et pourtant, il se passe quelque chose dedans. Des formes qui émergent, un visage qui apparaît à peine, une figure qui surgit de l’obscurité comme si elle avait toujours été là. J’ai passé beaucoup de temps dans cette salle. Je ne m’y attendais pas du tout.
Ce que j’aime chez Condo, c’est qu’il refuse de choisir. Il peut faire une peinture presque classique — cette figure en robe noire avec une fourrure blanche, précise, presque froide — et juste à côté, une toile abstraite blanc sur blanc où les formes se dissolvent dans le trait. Il passe du baroque au minimaliste, du grotesque au raffiné, et ça ne semble jamais forcé.
Les sculptures aussi m’ont surpris. Le buste en bronze avec ce visage impossible, agrippé à une cage dorée — c’est violent et drôle à la fois. Condo a quelque chose d’un Goya contemporain qui aurait grandi avec les cartoons américains.
Ce que je retiens surtout, c’est la liberté. Condo ne construit pas un style — il se promène. Et cette promenade, on la suit avec un plaisir réel, pièce après pièce, sans jamais savoir ce qui nous attend au prochain tournant.
Une belle découverte. Une de celles qu’on n’oublie pas.










